Analyse par Jean Paul Gavard-Perret

 

EMILIE SAUVAGE ET LES JAILLISSEMENTS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

La poétique de l’Imaginaire d’Emilie Sauvage s’inscrit totalement dans la dynamique. La verticalité, le fléchage des formes s’inscrivent au milieu des tonalités lumineuses et claires.

Tout appartient à l’ordre du surgissement, d’un épanouissement printanier et lyrique.

L’artiste peint pour établir en avançant dans sa peinture le lieu de la manifestation et de la réalisation des possibles, du devenir.

Se ressentent des pulsions profondes et essentielles capables de produire un réel potentiel non complémentaire mais supplémentaire à celui que l’on connaît. Face aux ténèbres surgit donc cette clarté primordiale qui fascine et émerveille par sa fraîcheur émotive.

De la multiplicité des traits et des couleurs (même si dans chaque toile parmi elles et eux il reste toujours une dominante particulière) émerge la dilation continuelle d’un sens profond, intrinsèque à cette création : celui de l’élévation, d’une légèreté aussi vagabonde que dirigée vers une vitalité.

Celle-ci reste le noyau dur (mais doux) qui justifie la raison même de l’œuvre.

A travers diverses modalités d’organisation et de fonctionnement Emilie Sauvage présente différents « rapports » ou jeux mais son langage reste éminemment reconnaissable et révèle la face la plus secrète de l’artiste. Sa création est donc bipolaire.

D’une part elle est symbolique puisqu’elle offre toujours le passage d’une réalité présente à une réalité autre qui dépasse la première. D’autre part elle est épiphanique puisqu’elle laisse apparaître quelque chose de l’ordre de l’expansion.

Ce dynamique plastique et les potentialités qu’il ouvre devient la réponse apportée par l’artiste aux angoisses de l’être devant la temporalité. Celui-ci reste ici dans un temps de renaissance puisque couleurs et formes s’inscrivent contre toute forme de dégradation. On peut parler alors de peinture vectorielle algébrique particulière : elle qui pousse vers le « plus » (+) en ignorant le « moins » (-).

Les réponses offertes dans l’espace de la toile sont en conséquence de l’ordre de diurne - voire plus précisément d’aurore - en des schèmas d’ascension, de verticalité. Ils réinventent des instances d’ouvertures plus que des refuges. Et lorsque dans certaines toiles tout semble vouloir "tourner" de manière cyclique soudain une volute éclate. Elle écarte des cercles viciés qui induiraient le pur statisme tourneur de manière instinctive.

Ici en effet l’imaginaire pictural suit des lois que la rationalité ignore. D’où ce passage du réel au virtuel, de l’actuel au possible. Résumons : la cohérence de la peinture d’Emilie Sauvage jaillit de la convergence de grandes lignes dynamiques à l’intérieur desquelles viennent s’inscrire les couleurs les plus fraîches et les plus subtiles d’un indicible lieu de l’ouvert dans le frémissement d’un passage.

                                                                                                                                      Jean-Paul Gavard-Perret 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d’une vingtaine d’ouvrages et collabore à plusieurs revues.

* "La mariée était en rouge" - Le chant du cygne, Paris, 2009 * "Beckett et la Poésie : La Disparition des images " - Le Manuscrit, 2001 * "Trois faces du nom" - L´harmattan, Paris * "Chants de déclin et de l´Abandon" - Pierron, 2003 * "A l´Epreuve du temps" - Dumerchez 2003 * "Donner ainsi l´espace" - La Sétérée 2005 * "Porc Epique" - Le Petit Véhicule, 2006 * Les Impudiques -Editions du Cygne, 2007 * "Mon ex a épousé un schtroumpf " -sous le pseudonyme de Garr Gammel - Editions Chloé des Lys, 2008 * etc.

 

Ps : artiste peintre contemporain connu sous le pseudonyme d’artiste AME SAUVAGE

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